Vingt ans à −20 °C : le froid, l'ammoniaque, l'abandon

Chambres frigorifiques sans équipement isolant, vapeurs d'ammoniaque sans suivi médical, sept jours sur sept y compris le 1er Mai. Les conditions de travail des 633 à Sénégal Pêche S.A.

Le Collectif des 633

Sénégal Pêche S.A. n’est pas une petite affaire artisanale. C’est un acteur industriel certifié ISO 9001, opérant dans le premier secteur exportateur du pays. Ce sont les 633 qui faisaient tourner cette usine, au Môle 10 du Port autonome de Dakar.

Voici dans quelles conditions.

Le froid extrême

Chambres frigorifiques maintenues sous −20 °C. Sans gants thermorésistants. Sans combinaisons isolées.

Articulations, tendons, poumons : une agression quotidienne du corps, répétée pendant des années, sans qu’aucun bilan médical n’ait jamais été proposé aux travailleurs concernés.

L’ammoniaque

L’ammoniaque (NH3) est le fluide frigorigène utilisé sur le site. C’est une substance classée dangereuse par l’Organisation mondiale de la santé.

L’exposition chronique à ses vapeurs provoque des brûlures respiratoires, des bronchites et des lésions pulmonaires. Là encore : aucun suivi médical professionnel n’a été mis en place.

Sept jours sur sept

Travail les samedis, les dimanches et les jours fériés — y compris le 1er Mai, journée internationale des travailleurs. Des journées dépassant régulièrement douze heures.

La durée légale du travail au Sénégal est fixée à quarante heures par semaine par l’article L.167 du Code du travail. Elle était ouvertement dépassée.

Sans aucune protection sociale

Les 633 n’étaient affiliés :

  • ni à l’IPRES (Institution de Prévoyance Retraite du Sénégal) ;
  • ni à l’IPM (Institution de Prévoyance Maladie) ;
  • ni à la Caisse de Sécurité Sociale.

Ce point n’est pas contesté : il est reconnu par le protocole de licenciement lui-même, qui demande aux travailleurs d’abandonner toute réclamation à ce sujet.

Concrètement : pas de retraite constituée, pas de mutuelle, aucune couverture en cas d’accident du travail ou de maladie professionnelle. Après vingt ans dans le froid et l’ammoniaque.

« Journaliers permanents » — une expression qui n’existe dans aucun texte du droit du travail sénégalais.

Ce que dit le droit

L’article L.47 du Code du travail sénégalais est clair : à défaut d’écrit, le contrat de travail est présumé conclu pour une durée indéterminée.

Ces salariés travaillaient en permanence, certains depuis 1999. La loi leur reconnaît le statut de permanents — avec tous les droits qui s’y attachent.

Pour des années de service, certains n’ont touché que 638 936 FCFA. D’autres, 411 759 FCFA. Soit moins de 32 000 FCFA par année de vie donnée au froid.


Ce que nous demandons : un audit des conditions de travail et de santé sur le site, et la reconnaissance du statut réel des 633. Voir nos demandes.

Mots-clés

  • conditions de travail
  • ammoniaque
  • chambre froide
  • santé au travail
  • Môle 10

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